Nino Maury organisateur de festival en temps de covid

par Sylvain V
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La crise de la covid-19 a fortement impacté la culture. Les festivals font partie des premiers touchés. A la Ferté-Macé (5000 habitants, Orne), Nino Maury-Tramontana, 23 ans, co-préside l’association Rafiot Keetang qui organise le festival La Revoyure. L’association orchestre une saison culturelle tout au long de l’année, et un festival qui accueille un peu plus d’un millier de festivaliers.

Comment comptez-vous concilier festival et mesures sanitaires ?

Avant les annonces de Roselyne Bachelot [5000 personnes assises masquées et distantes n.d.l.r], on comptait conserver notre formule habituelle, c’est-à-dire réunir 600 personnes par soir devant un concert avec bières et frites, on ne se posait pas plus de questions. Maintenant que les mesures ont été annoncées, on est en train de trancher sur la tenue du festival dans les conditions imposées. La décision sera prise collectivement en concertation avec le reste de l’association.

On réfléchit à plusieurs scénarios si les mesures s’assouplissent : horaires aménagés, distanciation, masques, tout est étudié. On a imaginé un découpage du site en plusieurs zones avec des couloirs de circulation pour éviter les trop gros regroupements. On veut mettre en place des vitres en plexiglass dans les zones de restauration, proposer du gel et des masques… La liste n’est pas exhaustive.

Est-ce que votre petite jauge du vous avantage par rapport aux gros festivals ?

Cela nous avantage clairement. Etant donné que l’on est tous bénévoles dans l’association on a très peu de dépenses obligatoires : pas de salaires, pas de loyer, etc… La covid ne nous a jamais impactés financièrement. En 2020 l’annulation du festival ne nous a pas fait perdre d’argent, cela a juste engendré des reports de subventions et des annulations de sponsoring. On est donc peu contraints par l’aspect financier. 

Pour la jauge, j’ai longtemps pensé que l’on allait pouvoir maintenir La Revoyure en 2020 étant donné que l’on regroupe tout juste 1000 personnes au même endroit au même moment. Finalement, les mesures s’étaient durcies. J’espère que l’on pourra tirer profit de notre petite taille en 2021 si les mesures sont assouplies d’ici l’été. 

Quoiqu’il en soit, un petit festival demande moins d’organisation et peut plus facilement être mis sur pied en seulement quelques mois.

Si la situation venait à durer, penses-tu que l’organisation de plus petits événements serait un choix d’avenir ?

L’année dernière à la même époque, je t’aurais répondu que je préférais ne rien faire à cause de la situation qui aurait eu un impact négatif sur le festival. Maintenant, j’ai complètement changé d’avis, je pense qu’il est très important de multiplier les petits événements et d’organiser tout ce qui est possible selon les mesures sanitaires. Je suis convaincu que les acteurs qui sortiront gagnants de cette situation seront ceux qui auront expérimenté, tenté de nouvelles choses, qui se seront démenés pour maintenir une activité culturelle. Il ne faut pas pour autant oublier les formes de spectacle mises de côté comme le spectacle vivant par exemple, mais il faut savoir s’adapter, sinon c’est comme signer son arrêt de mort.

La volonté des artistes à jouer a-t-elle été ébranlée par la covid ?

Cette année pas du tout, les artistes sont prêts à jouer. Je pense que l’année dernière certains auraient pu être embêtés par le fait de jouer devant des gens assis et masqués, mais après un an et demi sans concerts la situation n’est plus la même. Au même titre que nous, les artistes ont aussi envie de pratiquer leur passion et de travailler donc cette année il n’y a pas eu de soucis pour la programmation.

Est-ce que ce changement de mentalité pourrait amener des gros artistes et leur fanbase vers des petits festivals par nécessité de faire la fête ?

De toute manière les artistes suivront la demande. Pour le public je pense qu’il y a eu une vraie prise de conscience sur des sujets fondamentaux. Le fait d’expérimenter une vie où l’on est très peu mobile à amené des gens à se pencher sur ce qu’il se passe à côté de chez eux. La covid montre qu’il est possible de faire la fête sans se retrouver dans des gros festivals dont le succès est pour certains basés sur la communication et l’affiche à défaut d’avoir une vraie âme. Les petits festivals ont le mérite d’être à échelle humaine, on n’y va pas pour les têtes d’affiche mais pour profiter de l’énergie associative et démerde.

Peut-on dire que le côté rural de La Revoyure renvoie à la culture punk et underground ?

Le fait qu’on soit dans l’esprit DIY [Do It Yourself, Fais le toi-même n.d.l.r] est fortement lié aux parcours personnels des membres de l’association. On est tous plus ou moins adeptes de l’esprit brut de pomme, notre but c’est d’arriver à faire du bruit avec du bric et du broc (rires). L’esprit underground repose aussi sur les deux programmateurs du festival qui, personnellement, ont des attraits pour ces esthétiques musicales. L’ambiance punk n’est pas que involontaire, il y a une volonté de faire jouer des artistes electro, rap, punk pas forcément très connus. Je dirais que tous les styles musicaux ne se valent pas à propos de la fête.

 

Si la question de la culture en temps de covid vous intéresse, nous vous conseillons cette interview l’interview de Yannick Lanners, chargé de production de concerts.

Sylvain, fier normand passionné d'audiovisuel. Technicien de formation, je jongle entre tournages, post-production et maintenant rédaction. Vous l'avez compris, si allumette bug, c'est ma faute ! et je suis probablement en train de m'arracher les cheveux pour régler ça.

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