Un collectif de militantes dit stop à la censure des contenus féministes sur Instagram

par Benjamin Watelle
0 commentaire

Le 5 février, un collectif de 5 militantes féministes a saisi la Défenseure des Droits Claire Hédon pour qu’elle se penche sur le système de modération d’Instagram. Elles s’estiment discriminées par le réseau social qui supprime régulièrement leurs publications et reste inactif face au harcèlement qu’elles subissent en ligne

“Ce qu’on demande c’est de la cohérence”

“Encore une excellente journée pour être une femme sur Internet”. Tweeté avec ironie par l’écrivaine Pauline Harmange, ce message représente le ras le bol des militantes féministes sur les réseaux sociaux. Contenus supprimés sans raison, modération à sens unique et inaction de ces plateformes face au harcèlement qu’elles subissent sont les raisons de la saisie de la Défenseure des Droits Claire Hédon par un collectif de militantes le 5 février dernier.

Parmi elles, Léane Alastra, créatrice du compte Instagram @Mecreantes, explique l’intérêt de cette initiative : obtenir un compte rendu, un avis officiel pouvant peser dans un éventuel procès. “Instagram laisse un flou volontaire sur sa politique de modération”, une attitude que la plateforme ne peut pas avoir avec la Défenseure des Droits.

Sur son compte, Léane explique des notions liées au féminisme comme le male gaze ou l’effet Pygmalion avec une approche à la fois historique et sociologique. Sabrina Erin Gin, également membre du collectif et créatrice du compte @OlympeReve vulgarise sur Instagram des termes comme le harcèlement moral en ligne ou le “revenge porn”, ce qu’en dit la loi et comment se défendre lorsqu’on en est victime. Les 2 femmes font le même constat. Dès que “les hommes” sont mentionnés dans leur publication, de la haine se déverse sur elles. Insultes, divulgation de leurs informations personnelles, menaces de mort et de viol, en provenance de comptes souvent anonymes, font partie de leur quotidien. Sabrina ajoute même “Le plus triste c’est qu’on en vient à ne plus être choquée par ça”.

Un combat pour l’émancipation de toutes les voix

Dans ses conditions d’utilisation, Instagram déclare autoriser les contenus qui font partie du débat d’intérêt public. Pour Sabrina, titulaire d’un Master en droit pénal, cela pose un sérieux problème : “C’est gravissime d’avoir une entreprise privée qui définit le débat d’intérêt public”. Évitant le terme censure, trop approprié par l’extrême droite, les 2 militantes préfèrent parler d’invisibilisation de leur propos. Léane perçoit la politique de modération d’Instagram comme une “polarisation inquiétante pour le traitement de l’information”.

Selon Sabrina, “On sous-estime la capacité des gens à vouloir réfléchir”. En discriminant leur contenu de la sorte, Instagram empêche la divergence d’opinion. Si elle voit le féminisme comme “l’émancipation de toutes les voix”, c’est qu’elles ne sont pas les seules à être victimes d’un harcèlement organisé face auquel Instagram reste impassible, c’est le cas de toutes les minorités et le combat ne fait que commencer.

“Get the info or die trying”. Je m’appelle Benjamin et imaginer ma vie comme un film m’occupe la majeure partie de la journée, le reste du temps je le consacre à devenir journaliste. Originaire du Berry passé par Tours et la Belgique j’aime le cinéma, les voyages et la musique. Comme un micro dans un open mic, je donne la parole à tout le monde.

0 commentaire

Vous aimerez aussi

Laisser un commentaire