Valentin, comédien le jour et drag-queen la nuit

par Juliette Thomann
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Valentin a 25 ans et étudie les Arts dramatiques au conservatoire du 8ème arrondissement de Paris. Il y a deux ans, il a accepté un rôle principal dans une comédie musicale : c’est là qu’il a fait la connaissance de son personnage, Angel, une drag-queen. Depuis, il n’a jamais pu quitter ce monde.

"Être Drag-Queen, c’est à la fois s’en foutre du genre, et tout concentrer dessus.

Le jour, tu es Valentin. Et la nuit, tu t’appelles .. ?

Quand je vais en show, je m’appelle Barbara Dickinson. Barbara car c’est ma chanteuse préférée, et Dickinson pour deux raisons : la première, pour Emily Dickinson, une poétesse que j’aime beaucoup, et aussi pour Janice Dickinson, une ancienne mannequin américaine qui avait sa télé-réalité il y a 20 ans. Je regardais ce programme tout le temps quand j’étais gosse, elle est géniale !

C’est quoi l’histoire de Barbara ?

Le drag et Barbara m’ont permis de m’accepter en tant qu’homme, avec ma sensibilité féminine. C’est quelque chose qui m’a permis d’évoluer. Mais puisque toute ma vie tourne autour de la scène et de l’artistique, je suis entouré de personnes très ouvertes au quotidien, donc je n’ai pas ressenti le besoin de créer un personnage hyper fort. Mon personnage évolue en fonction des années, de mes envies.

Pourquoi tu fais du drag ?

Je compare souvent ça aux théâtre, milieu que je connais très bien. Sur scène, il y a un truc qui change vraiment à partir du moment où on met ses faux-cils et où on rentre dans le rôle, les choses sont beaucoup plus ouvertes. Le public est super ouvert et ne vient pas voir une représentation pour la
juger. On sait qu’on peut tout faire, et même si on fait un truc pas top, personne ne va nous lancer des tomates ou nous huer, ce n’est pas grave, on nous applaudira dans tous les cas.

Te sens-tu plus toi quand tu es Valentin ou quand tu es Barbara ?

Dans la vie je suis beaucoup plus Valentin. Quand je suis Barbara, comme ce n’est pas un personnage qui une identité très construite, je suis toujours Valentin, mais Valentin qui décide, le temps d’une soirée, de tout extrapoler, de tout mettre à son paroxysme. Mais c’est toujours moi. Quand j’enfile des talons, j’ai toujours en tête que je suis Valentin, je ne dissocie pas les deux personnalités.

C'est quoi la chose que tu préfères quand tu es en drag ?

 

 

Avant de monter sur scène, j’adore cette attitude que tu exacerbes au maximum, la façon dont tu marches, dont tu réponds aux gens, cette

façon d’être « bitchy », beaucoup plus sûr de toi. Il y a un truc qui t’emporte, t’es galvanisé tout d’un coup, juste par une tenue. Ce qui est super quand tu montes sur scène, par rapport à un comédien, c’est cet espace de liberté : parce que ce n’est pas toi, c’est un personnage que tu t’es créé. Tu es libre de faire ce que tu veux.

Les Drag-Queens malmènent les stéréotypes de genre, quelle place a Barbara dans tout ça ?

On questionne sans cesse les stéréotypes de genre. Qu’est-ce qui représente un homme, par quoi une femme est représentée. Aujourd’hui on représente de plus en plus la femme par les téléréalités : gros seins, une taille hyper fine, toujours un contouring et des sourcils bien marqués. Des codes que les drag queen reprennent et accentuent énormément. En fait, on tente de singer la perception qu’on peut avoir du genre féminin et du genre masculin. On accentue les deux genres, et à un moment ils se rejoignent. Être drag-queen c’est s’en foutre du genre. Enfin, c’est à la fois s’en foutre et à la fois tout concentrer dessus, c’est à dire que tous les questionnements sont autour du genre.

Fière sudiste et féministe, j’ai toujours dans mes poches un appareil photo et mon passeport. Toute excuse est bonne pour sauter dans un avion, un train ou sur un vélo et dégoter des histoires croustillantes à raconter. Petite enquêtrice en herbe, Enola Holmes a du souci à se faire !

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