Bidonville de la Redoute, symbole des limites de la politique de l’expulsion

par Lison Bourgeois
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L’expulsion des habitants du bidonville de La Redoute (Villejuif) a été repoussée à cause de la trêve hivernale. Le collectif Romeurope 94 regroupe une dizaine de bénévoles qui militent pour la mise en œuvre d’une solution durable plutôt qu’un recours systématique à l’expulsion. Aline Toutel, responsable du collectif, a accepté de répondre à nos questions. Cette rencontre nous interroge sur les limites de la gestion actuelle des bidonvilles sur le territoire français. 

Quand vous êtes-vous rendus pour la première fois sur le bidonville de La Redoute?

En mars dernier, c’était l’association « Habitat Cité ” qui s’occupait du parc des Hautes Bruyères où habitaient 40 Moldaves. De notre côté, nous étions en activité au Parc des Lilas à Vitry-Sur-Seine. Durant l’été, une rumeur d’expulsion s’est répandue. Plusieurs personnes se sont alors réfugiées au bidonville de La Redoute. Le 20 août, ce sont presque 300 personnes qui se sont retrouvées sans logement. Dès le lendemain, on a commencé à répertorier les 42 enfants que nous avions scolarisés à Vitry. À 10 jours de la rentrée scolaire, on a essayé de retrouver les familles au bidonville de La Redoute pour ramener les enfants à l’école de Vitry.

Qu’avez-vous constaté sur place ?

Il n’y avait plus seulement 40 Moldaves, mais plutôt 400 personnes. Entre-temps, il y a eu des expulsions en Seine-Saint-Denis, à Paris, dans le Val-de-Marne, dans le Val d’Oise et en Seine-et-Marne. Le bidonville de La Redoute était devenu un lieu d’accueil des familles expulsées. C’était évident que ce village était trop grand pour être géré par une équipe de bénévoles, comme nous. Nous avons donc pris contact avec la mairie pour expliquer que nous avions fait un recensement sans succès. Nous les avons informés que nous ne retournerions pas sur ce lieu, devenu un réel trafic. esponsable-du-collectif-romeurope-95

De quel trafic parlez-vous ?

Certaines entreprises proposent aux Roms de récupérer leurs déchets pour un billet de 100 euros. À Villejuif, il y a une mafia qui s’est créée pour gérer l’organisation dans le bidonville. Ces groupes mafieux monnayent tout ! Les toilettes, installées par la ville, sont payantes. L’installation dans le bidonville est payante. Par la suite, des loyers s‘élevant à 200 euros, sont appliqués. Au milieu des moteurs de voitures et des huiles de vidange, les enfants sont exploités pour travailler la ferraille. Sur des bidonvilles similaires, nous avons renvoyé les enfants à l’hôpital pour des troubles du développement et du saturnisme. Mais tout cela se passe quand il n’y a personne qui vient les voir. Et je crois que c’est ce qui est en train de se passer à Villejuif ! Quand les enfants peuvent aller à l’école, il n’y a pas ces exploitations. 

Comment analysez-vous l’inaction de l’Etat, de la Préfecture et de la Mairie ? 

La politique actuelle ne passe que par l’expulsion. C’est le problème : on expulse les populations avec éventuellement une chambre d’hôtel pour 3 jours. Mais ensuite ? Les populations se retrouvent dehors et créent un nouveau bidonville. C’est comme ça depuis 20 ans ! Tout le monde se renvoie la balle. Cela peut se comprendre tant le chantier est énorme. Ça fait des années que l’on demande une table ronde, mais nous n’en avons jamais eu ! Notre but n’est pas de faire de l’assistanat, mais d’inscrire les gens dans le droit. Il y a moins de 2 000 personnes dans les bidonvilles du Val-de-Marne. Nous avons de la place pour les loger. Il ne manque que la volonté politique. 

Aline Toutel est en charge de plusieurs bidonvilles en Val-de-Marne. C'est une réelle aide qu'elle apporte aux familles.

 

Aline Toutel s’occupe des papiers administratifs d’un homme et de ses quatre enfants dans le bidonville de Fontenay-sous-bois. Cr: Lison Bourgeois.

Si vous voulez en savoir en apprendre davantage sur les problématiques sociales et environnementales de la décharge de la Redoute, vous pouvez cliquer juste ici.

A quelques lettres près, mes parents auraient pu m'appeler Louise Bourgeois. Faute de quoi, je défends aujourd'hui son combat féministe avec ferveur. Chaque article est une rencontre puis des heures de travail pour retranscrire le mot juste et porter votre voix !

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